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Héritier d’un riche patrimoine, garant de pratiques ancestrales, le facteur, celui  qui au sens de la racine latine facto, « fait » la tournée, n’a eu de cesse d’évoluer avec son temps.

 

Personnage emblématique de la société française, personnage qui relie les hommes, porte la casquette et présente le « calendrier des Postes » à ces clients en fin d’année.

Dans l’Antiquité, puis au Moyen-Age, le messager couvre les distances en courant. D’ailleurs, le mot courrier, dérivé du latin correre (courir) désigne au XIIIème siècle les porteurs de messages avant de qualifier au XVIIIème siècle l’ensemble des lettres. A l’époque, les messagers sont employés par les monastères et les universités, et considérés comme des domestiques. Les grands du royaume ont recours à des chevaucheurs, mieux lotis car équipés de chevaux.

Peu à peu, la distribution du courrier s’organise. Les chevaucheurs, plus nombreux, bénéficient, à partir du XVIème siècle, des services du maître-postes, propriétaire de relais et fournisseur de montures rapides. Un siècle plus tard, apparaît le facteur, qui porte les missives à leurs destinataires.

 

Au 18ème siècle on ne compte à cette époque là, tout au plus que quelques centaines de facteurs répartis dans les principales villes du royaume. Ceux-ci distribuent le courrier intra muros mais ne desservent toutefois pas les campagnes. C’est la Grande Poste.

En 1759, PIARRON de CHAMOUSSET crée la Petite Poste de Paris : des facteurs relèvent des boites aux lettres disséminées partout dans la capitale et distribuent le courrier adressé pour Paris. Petite et Grande Poste fusionnées avant la Révolution, c’est un facteur aux fonctions élargies, mais au rayon d’action toujours urbain, qui oeuvre à la fin du siècle des lumières.

Après la Révolution , les lettres sont transportées de ville en ville dans des malles-poste, sortes de diligences. Les ruraux voient arriver les premiers facteurs dans les campagnes, pour nombre d’entre eux, à bicyclette, seulement à partir du XIXème siècle.

Le facteur est toujours aux aguets :

Le 21 juin 1791, pendant la Révolution Française , le roi Louis XVI est en fuite. Il est reconnu par le maître de poste de Sainte Ménéhould, Jean-Baptiste Drouet, particulièrement physionomiste. En effet, il n’avait comme seule référence que les pièces de monnaie à l’effigie du roi.

 

Un facteur qui possède toutefois déjà des signes distinctifs de son homologue d’aujourd’hui, comme des étrennes qu’il reçoit en fin d’année en échange d’un almanach. S’il porte la sacoche, il n’entre cependant pas dans les habitations, se contentant d’avertir de son passage avec son claquoir. Le métier balbutie encore.

 

Au 19ème siècle. C’est au XIXe siècle que se mettent en place les contours du métier et l’image du facteur. Tout d’abord il se généralise sur l’ensemble du territoire.

 

Par contre, à l’inverse d’aujourd’hui, il travaille et surtout marche 7 jours sur 7 puisque les premières tournées à bicyclette ne seront réellement encouragées qu’à partir de 1902.

Sa tenue adaptée aux saisons et au terrain sur lequel il exerce, ne lui est que tardivement imposée et il doit longtemps en supporter le coût. Quant à son salaire, il est alors indexé sur le nombre de kilomètres parcourus et la pénibilité de sa tournée ! Ensuite et enfin, s’il ne peut se faire remplacer que sur ses deniers, il bénéficie toutefois du droit à la retraite à 55 ans.

 

Le prestige du corps de fonctionnaires de l’Etat auquel il appartient en fait un métier très recherché. D’autant plus recherché qu’il se voit le droit de distribuer, contre des étrennes, un Almanach des Postes repensé, voué à l’acculturation des Français.

 

Au 20ème siècle. C’est le siècle de la maturité pour le facteur, puisque l’on ira jusqu’à compter 90 000 agents en 1990 contre 25 000 e, 1900.

Une croissance exceptionnelle donc, qui va de pair avec celle du développement de la correspondance écrite.

A l’image de cette société de transformation, le métier de facteur se féminise :

 tout d’abord à cause des guerres qui voient les hommes partir au front, puis les années 1970, par l’égalité de recrutement qu’imposent les concours. S’il a domestiqué la bicyclette pour en faire son attribut fétiche, il conquiert aussi l’automobile.

 

Au point, dans les années 1950, de former un célèbre duo rural jaune et bleu, la fine équipe « reliant les hommes ». Quant à la casquette, dotée du logo dès 1962, elle se visse définitivement sur sa tête, supplantant ainsi tous les autres couvre-chefs.

 

Au 21ème siècle. Le facteur du IIIe millénaire est l’héritier  d’un passé pluriséculaire. Son métier a évolué avec les services qu’il est amené à rendre. Forte de 100 000 agents en ce début du 21e siècle, la profession continue à se moderniser à grande vitesse en fonction de nouvelles méthodes de distribution toujours plus performantes.

 

 

On doit à Charles Le Téméraire (1433-1477), le mot poste. Duc de Bourgogne et rival de Louis XI, il mène une guerre ne Lorraine, en 1477. Pour être informé du déroulement des hostilités, il a l’idée de disposer ses chevaucheurs tout le long de la route de l’Est afin qu’ils se transmettent les messages de main en main. Ces hommes sont dits des chevaucheurs tenant le poste pour le roi. Le mot poste désignait la place de chaque cheval dans l’écurie et le mot postier, des chevaux de race bretonne pouvant porter de lourdes charges à vive allure.